Par Antoine Peillon
Dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de non-déclaration de financements provenant notamment du Qatar, des perquisitions ont été menées, ce mercredi 4 décembre, à l’Institut européen des sciences humaines (IESH), école de théologie islamique, dans la Nièvre. Le parquet de Nevers a confirmé une « grosse opération policière de perquisition« , terminée à la mi-journée.
L’IESH est dans le collimateur des autorités judiciaires dans le cadre d’une enquête financière sur des soupçons de blanchiment, d’abus de confiance ainsi que de non-respect de l’obligation de déclaration de financements étrangers, notamment en provenance du Qatar, à hauteur de 300.000 euros. Un signalement en ce sens avait été effectué en 2023 au titre de l’article 40 du code de procédure pénale.
L’Institut a été visé mercredi matin, en présence de la représentante du parquet de la Nièvre, par une opération de police avec la participation d’enquêteurs spécialisés de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), de la sous-direction antiterroriste (Sdat) et des services territoriaux de la police judiciaire. Les policiers étaient à la recherche d’éléments comptables et de moyens financiers. Des perquisitions visaient aussi certains responsables de l’Institut.
La procureure de Nevers, Anne Lehaître, a indiqué que l’enquête « débutait » et qu’elle concernant « des infractions financières qui entrent dans la catégorie du blanchiment ». Avant d’ajouter que « l’opération de perquisition a été fructueuse », sans plus de précisions. Les enquêteurs ont par ailleurs saisi de l’argent liquide qui se trouvait dans le coffre-fort de l’IESH, l’institut n’ayant pas de compte bancaire.
L’IESH a été fondé à l’initiative de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF, devenue Musulmans de France), qui gravite dans l’orbite de la confrérie islamiste des Frères musulmans. Dans le cadre d’un entretien avec l’AFP, le doyen de l’IESH, Larabi Becheri, avait reconnu en 2020 que son institut était né en 1992 « sur une idée » des Musulmans de France, qualifiés de « terroristes » par l’Arabie saoudite.
L’établissement de quelque 200 étudiants a été le premier du genre à voir le jour en France, dans un coin reculé du Morvan, sur les terres électorales de François Mitterrand, qui voulait favoriser une formation « à la française » des imams, un credo plus tard repris par Emmanuel Macron…
Mieux vaut tard que jamais
Nous sommes en décembre 2024.
En mars 2016, je révélais le détail totalement secret du financement illégal et fabuleux de l’IESH, dans Résistance ! (Le Seuil, 2016, pages 57 à 90, chapitre « L’hydre des Frères musulmans »).
Il aura donc fallu plus de huit ans pour qu’une enquête judiciaire soit enfin déclenchée contre cet institut islamiste de formation des imams en France !

Homepage du site internet de l’IESH. Capture d’écran. DR
FICHE WIKIPÉDIA sur l’IESH : « (…) En 2007, selon Antoine Peillon qui se réfère à plusieurs notes des renseignements généraux français, l’émirat du Koweït, le Qatar et les Frères musulmans financent les structures via la banque suisse UBS ; l’une de ces notes conclut au financement de l’IESH par « un mécène Qatari lié à l’extrémisme musulman ». D’après le journaliste, cette note de 2008 révèle que plusieurs rencontres ont eu lieu à Genève, l’année précédente, entre un membre de la Qatar Charity et le trésorier de l’IESH, et qu’une somme de 170.000 euros a été remise à cette occasion. En septembre 2007, la même personnalité remettait directement au président de l’IESH une somme de 500.000€ correspondant à 62 % du budget annuel de l’Institut. En 2007, le trésorier des IESH français, Mohamed Karmous, qui préside L’UIESH (l’Union des Instituts européens des Sciences humaines), est décrit comme un militant islamiste par les services de renseignements français. »
EXTRAIT de Résistance ! (Le Seuil, 2016, pages 57 à 90, chapitre « L’hydre des Frères musulmans ») :
Les arcanes du financement d’un terrorisme très coûteux sont plus obscurs et impénétrables que jamais pour le renseignement français, m’affirmait Aleph, fin novembre 2015. Et pourtant, en matière de terrorisme et plus largement de djihadisme, l’argent demeure le nerf de la guerre. Ce qui suit devrait le démontrer clairement et aviver la question de savoir pourquoi rien n’est réellement entrepris, depuis au moins vingt ans, pour tarir définitivement le financement de l’islamisme dans notre pays.
C’est un double document bien accablant que j’ai pu consulter, copier et analyser avec l’aide d’Aleph et d’autres officiers du renseignement. Et, bien entendu, ces cinq pages sont certainement aujourd’hui classées « secret défense », puisqu’elles sont (sans doute) archivées par la DGSI. Il s’agit d’un de ces fameux « blancs » des Renseignement généraux, daté du jeudi 13 septembre 2007, comportant à la fois une « fiche RG » très factuelle et une analyse synthétique de deux pages, le tout étant accompagné d’un tableau de transferts de fonds sur un compte de la banque suisse UBS. Le contenu de l’ensemble révèle l’investissement financier clandestin, illégal et néanmoins considérable de l’émirat du Koweït, du Qatar et de l’organisation internationale des Frères musulmans en vue du développement de l’Institut européen des sciences humaines (IESH)[1]. Il démontre aussi que l’État français ne pouvait ignorer l’existence de ce financement clandestin du principal établissement de formation des imams dans notre pays par un « commanditaire étranger ».
« Fruit d’une collecte dans un pays du Golfe »
Le principal protagoniste du double document de renseignement est un certain Mohamed Karmous, « ressortissant français installé au Locle (Suisse)[2], [qui] a été contrôlé par les Douanes et trouvé porteur de 50 000 euros ». Le résumé de la « fiche RG » précise : « L’intéressé est un militant islamiste, trésorier de l’Institut européen de sciences humaines de Saint-Léger-de-Fougeret (58). » Et voici maintenant le récit du contrôle douanier, qui avait intéressé au plus haut point les RG : « Le 30 avril 2007, le service des douanes françaises a procédé à un contrôle sur la ligne TGV Zurich-Paris. Cette opération a abouti à l’interpellation de M. Karmous Mohamed (connu au FRG, inconnu au STIC)[3], trouvé porteur de la somme de 50 000 euros en liquide. Interrogé au poste de Pontarlier (Doubs), M. Karmous a […] indiqué spontanément que la somme de 50 000 euros lui avait été remise par un dénommé Ahmed Alhmfi [sic] à Genève[4]. Ce dernier, professeur qatari, lui aurait remis cette somme, fruit d’une collecte dans un pays du Golfe, au profit de l’Institut européen des sciences humaines, association installée dans la Nièvre et dont M. Karmous est le trésorier depuis une dizaine d’années. » Voici pour les faits initiaux qui montrent aussi à quel point le « passeur » d’argent liquide, soupçonné d’« un éventuel blanchiment ou délit pénal », paraît assuré d’une impunité garantie par sa mention « spontanée » des noms d’Ahmad al-Hammadi et de Zuhaïr Mahmood (président de l’IESH), mais aussi, on le verra, de Tariq Ramadan.
La suite de la « fiche RG » ouvre des perspectives plus intéressantes quant aux motifs du financement clandestin en (petite) partie dévoilé. Tout d’abord, Mohamed Karmous déclare qu’il « entendait remettre cette somme à son président, M. Zuhaïr Mahmood »[5], lequel ne pouvait alors feindre d’ignorer la nature illicite de ce transfert. Or, Zuhaïr Mahmood est une personnalité remarquable. Il est très officiellement cofondateur de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF)[6] et fondateur de l’IESH de Château-Chinon. De même, sa biographie (publique) signale qu’il a suivi « une formation scientifique nucléaire en Irak » et que Saddam Hussein l’a envoyé en France, dans les années 1980, en vertu d’un accord de coopération entre la France et l’Irak.
« Porteur d’une somme de 500 000 euros »
La lecture de l’analyse synthétique à laquelle ont procédé les RG, en date du 13 septembre 2007, porte un éclairage beaucoup plus précis sur l’importance des activités institutionnelles de Zuhaïr Mahmood. Le document, titré « Pourquoi ce regain d’intérêt du Qatar dans les affaires religieuses de la France ? », se penche sur « le week-end du 25 et 26 août 2007 [qui] restera mémorable pour l’IESH de Saint-Léger-du-Fougeret (58), [il] a commémoré la sortie de la dixième promotion d’étudiants ». En effet, à cette occasion, « de nombreuses personnalités religieuses étrangères se sont déplacées ». Cependant, « le grand âge du cheikh égyptien Youssouf Al Quardawi (81 ans) ne lui permet plus de voyager comme dans le passé ».
Malgré tout, « ce haut dignitaire des Frères musulmans (Youssouf Al Quardawi, ou Yûsuf Al-Qaradâwî, ou Youssef al-Qaradawi, ou Youssef al-Qardaoui), installé au Qatar, théologien qui gère d’importants capitaux monétaires issus de la zakât collectée dans divers pays du Moyen-Orient, s’est fait représenter par le docteur Ahmed Al Hammadi, ressortissant qatari, professeur en théologie et membre de l’organisation caritative Qatar Charity[7]. C’est à ce titre que, devant une assemblée de 400 personnes, il a invité les représentants religieux à persévérer dans leur engagement à poursuivre le développement d’un djihad religieux en Europe. Afin d’atteindre ces orientations, cet éminent émissaire était porteur d’une somme de 500 000 euros qu’il aurait remise à Zuhaïr Mahmood, directeur de l’IESH ». À noter aussi que « la venue en France de l’émissaire du cheikh Youssouf Al Quardawi ne s’est pas limitée à cet important événement [la visite bourguignonne], le docteur Ahmed Al Hammadi [ayant] effectué une tournée nationale pour se rendre dans différentes villes dont Amiens (80), Marseille (13), Nancy (54), Grenoble (38) et Besançon (25) »…
Qatar Charity & Co
Pour les officiers des RG, auteurs du « blanc » du 13 septembre 2007, le rôle d’Ahmad al-Hammadi comme pourvoyeur financier essentiel de l’IESH ne fait aucun doute. Le contrôle des douaniers, en date du 30 avril 2007, dans le TGV Zurich-Paris, et la saisie de 50 000 euros en liquide sur Mohamed Karmous « corrobore le fonctionnement de l’IESH avec des fonds en espèces, remis par le même commanditaire étranger ». Un « commanditaire étranger » dont les attaches islamistes, soulignées par sa proximité avec le haut dignitaire des Frères musulmans Youssef al-Qaradawi et par son appartenance à l’ONG Qatar Charity, peuvent faire craindre des visées djihadistes ou terroristes dissimulées.
Les chercheurs Daveed Gartenstein-Ross et Aaron Y. Zelin, membres du think tank américain « Washington Institute for Near East Policy », ont en effet cité, en février 2013, Qatar Charity parmi les organisations caritatives qui financent les mouvements islamistes sous couvert d’aide humanitaire[8]. Selon eux, Qatar Charity aurait apporté une aide financière aux groupes djihadistes du Sahel : le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), Ansar Dine, mais aussi Aqmi et le Mujao… Ils affirment aussi que le Front islamique syrien, un groupe réunissant six organisations djihadistes, a bénéficié de financements et de dons en matériels de la part de Qatar Charity. Selon le gouvernement américain, Qatar Charity aurait même été citée par Oussama ben Laden, en 1993, en tant qu’organe de financement des opérations d’Al-Qaïda au niveau international[9]. À l’occasion d’un témoignage déposé auprès de la justice américaine (février 2001), Jamal Ahmed al-Fadl, ancien membre d’Al-Qaïda et de la Qatar Charitable Society (qui est devenue Qatar Charity), a d’ailleurs révélé que le président de la Qatar Charitable Society, Abdullah Mohamed Yusef, était membre d’Al-Qaïda et du groupe islamiste soudanais National Islamic Front, lequel avait accueilli Oussama ben Laden dans les années 1990…
Un document issu du ministère américain de la Justice explique, par ailleurs, que « les fonds destinés aux opérations d’Al-Qaïda étaient listés dans les comptes des organismes de bienfaisance comme des dépenses pour la construction de mosquées ou d’écoles, ou bien pour nourrir les personnes dans le besoin[10] ». En février 2015, Yahia Sadam, un responsable de l’aide humanitaire du mouvement de libération soudanais, Minni Minnawi, a accusé le Qatar d’avoir soutenu les troupes gouvernementales soudanaises dans leurs actions de répression de la population civile et de blanchir les fonds issus de l’industrie pétrolière soudanaise par l’intermédiaire de Qatar Charity[11]. En Israël, Qatar Charity figure sur la liste noire de 163 organismes de bienfaisance entretenant des liens avec le terrorisme[12].
En décembre 2015, j’ai pu à nouveau consulter, copier et analyser une nouvelle note de synthèse des RG, particulièrement documentée et explicite, sur le « financement de l’Institut européen des sciences humaines (IESH) par un mécène qatari lié à l’extrémisme musulman ». À la lecture des informations qui y sont portées à l’attention des autorités gouvernementales, il paraît aujourd’hui incompréhensible que l’IESH n’ait pas été tout simplement fermé, après déclenchement d’une enquête judiciaire en bonne et due forme. L’officier du renseignement, auteur de cette note de deux pages souligne que la « santé financière [de l’IESH] recouvrée [depuis 2007] » est redevable au « docteur Ahmad Al-Hammadi, un mécène affilié aux Frères musulmans, œuvrant également dans des structures liées à l’extrémisme musulman ».
Bien plus précis que les précédents « blancs » des RG, datés de 2007, la note de 2008 révèle que « plusieurs rencontres ont eu lieu à Genève (Suisse) entre ce membre de la Qatar Charity (Al-Hammadi), ONG islamique qatarie, et Mohammed Karmous, trésorier de l’IESH », et que « lors de ces entrevues, le docteur Al-Hammadi lui [Karmous] a remis des espèces pour une somme totale de 170 000 euros, avec pour mission de les acheminer en France ». Le document ajoute même : « En septembre de la même année [2007], c’est Al-Hammadi en personne qui, lors de la sortie de la dixième promotion de l’IESH, remettait directement à Zuhaïr Mahmood (président de l’IESH) 500 000 euros en espèces, soit 62% du budget annuel de l’Institut ».
Enfin, étant donné son rôle crucial dans le nouveau développement du principal établissement de formation des imams en France, les RG se sont alors penché sérieusement sur le pedigree d’Ahmad al-Hammadi. Le service de renseignement décrit le mécène de l’IESH comme étant « affilié aux Frères musulmans et œuvrant également dans des structures liées à l’extrémisme musulman ». Ils précisaient : « Outre ses activités de mécénat classique, son rôle dans le financement des structures liées à l’islam radical a été remarqué par les services spécialisés (DST et DGSE, entre autres). Ainsi, en 2000, il avait été signalé pour avoir organisé le recueil de fonds au profit de la cause tchétchène. […] Enfin, Ahmad Al-Hammadi est membre du conseil d’administration de l’ONG qatarie Dar Al-Bir, soupçonnée d’avoir participé par le passé au financement d’organisations islamistes dans les Balkans. […] Cette ONG apparaît comme un bailleur de fonds potentiel à destination de l’insurrection (djihadiste) irakienne[13]. »
Une « pluie » de pétrodollars
De fait, Ahmad al-Hammadi, représentant du mythique Youssef al-Qaradawi[14] à Saint-Léger-de-Fougeret et partout ailleurs en France, au printemps 2007, est un Qatari, membre de premier plan des Frères musulmans[15]. Professeur de sciences religieuses au Collège de la charia et des études islamiques de l’Université de Doha (Qatar), membre de l’Union internationale des savants musulmans (UISM) présidée par Youssef al-Qaradawi, Ahmad al-Hammadi est aussi le quatrième secrétaire général de l’ONG caritative Munazzamat al-Da’wa al-Islamiyyah (Organisation d’appel à l’islam), une organisation investie dans l’islamisation de l’Afrique, par le biais d’œuvres de charité, la construction de mosquées, l’ouverture d’écoles et la diffusion de l’idéologie islamiste au Soudan, au Congo, au Kenya, au Ghana, etc. Ahmad al-Hammadi est également l’un des dirigeants de Qatar Charity[16], puissante fondation, d’apparence caritative, soupçonnée, par l’administration américaine, d’être l’appui financier d’Al-Qaïda et, plus généralement, du terrorisme islamiste. L’engagement de cette ONG dans le financement des groupes djihadistes de Syrie est également dénoncé par de nombreux experts.
Au sein de Qatar Charity, Ahmad al-Hammadi assume, entre autres, la mission cruciale de lever des fonds afin de soutenir financièrement et en pétrodollars les projets d’islamisation des Frères musulmans en Europe, sous les enseignes de l’Union des organisations islamiques en Europe (UOIE) et de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF)[17]. Durant l’été 2015, le « savant musulman » s’est illustré tout au long du Ramadan (du 18 juin au 16 juillet) en diffusant sur la chaîne satellitaire qatarie Al-Rayyan TV, chaque jour, une émission intitulée « Gaith » (« pluie » en arabe), par allusion à une parole attribuée au Prophète : « Le croyant est comme la pluie, partout où il passe, il est bénéfique. »
Les vingt-neuf émissions ont été produites par la société Four Frame Media Services, fondée en 2012 au Koweït, en grande partie grâce aux financements de Qatar Charity. À l’origine de cette chaîne de télévision, se trouvent des Frères musulmans : le prédicateur Mohammad al-Awadhi, mais aussi Nayef al-Ajmi, ministre de la Justice et des Affaires islamiques du Koweït, de janvier 2014 à avril 2014, qui démissionna quand il fut repéré en tant qu’acteur majeur du financement du djihad armé en Syrie.
Nayef al-Ajmi s’est distingué pour avoir signé, en juin 2013, l’appel au djihad armé en Syrie, quelques mois avant la création de l’État islamique, lancée par une coalition sunnite d’une soixantaine d’organisations presque toutes liées aux Frères musulmans – dont l’UISM de Youssef al-Qaradawi – et par des leaders du wahhabisme saoudien, en conclusion d’un congrès islamiste international organisé au Caire en soutien aux sunnites syriens.
« Compte tenu du statut diplomatique de la personnalité »
De même, la personnalité de Zuhaïr Mahmood, fondateur et directeur de l’IESH, cofondateur de l’UOIF, apparaît, d’après les informations rassemblées par les enquêteurs des RG, comme étant excessivement liée aux princes et aux plus hauts dirigeants du Qatar, lesquels exercent, selon de récentes et profondes enquêtes journalistiques, une « influence » dangereuse sur les élites françaises[18]. Ainsi, relèvent-ils : « Le mardi 11 septembre [2007], le directeur de l’IESH s’est déplacé au Bourget pour saluer le départ de ses invités de marque. Or, ce jour-là, seuls deux vols à destination du Qatar ont été recensés :
- vol de 13 h 15 à destination de Doha d’un avion qatari immatriculé A7HJJ de [appartenant à] son excellence Ahmad Bin Jassem Al Thani[19] […] ;
- vol de 15 h 00 à destination de Doha d’un appareil qatari immatriculé A7HHK de son altesse Abdullah Bin Khalifa Al-Thani[20]…
Ces vols privés avaient pour spécificité de transporter des ressortissants de différents pays du Moyen-Orient qui n’ont pas pu être identifiés compte tenu de la personnalité et du statut diplomatique de la personnalité, garante de ses invités. »
Tout aussi impressionnantes sont les activités islamistes de Mohamed Karmous, premier acteur cité par les RG dans leur « blanc » de septembre 2007, en tant que « passeur », on s’en souvient, de 50 000 euros en liquide entre la Suisse et la France.
À son sujet, la « fiche RG » apporte quelques informations significatives. « M. Karmous indiquait [aux douaniers qui le contrôlèrent le 30 avril 2007] être membre de l’UOIF et connaître personnellement M. Tarek Ramadan, rencontré à plusieurs reprises à Genève (Suisse). » Né le 19 novembre 1957 à Menzel Jemil (Tunisie), de nationalité française (naturalisé) depuis 1990, « M. Karmous est considéré comme proche du mouvement des Frères musulmans et suspecté membre du mouvement tunisien Ennahdha ». Les policiers précisent que « dans des circonstances similaires [contrôle douanier], en 2001, l’intéressé avait été trouvé porteur d’une intéressante documentation : il apparaissait que M. Karmous était, en 2001, vice-président de la Fédération des organisations islamiques en Europe[21], avec autorisation de signature auprès de la banque suisse UBS (compte n° 242-744167) ».
Stakhanovisme islamique
Selon des informations récoltées en Suisse, Mohamed Karmous, le premier mis en cause par le rapport confidentiel de RG, est toujours soutenu par de généreux donateurs des pétromonarchies du Golfe. Ainsi, en juin 2015, il reçoit un chèque de 140 000 dollars (environ 132 000 euros) de l’ambassadeur du Koweït en Suisse, Bader al-Tunaib. Il faut dire qu’il n’a pas démérité depuis qu’il a créé, en 1997, à Neuchâtel, la Ligue des musulmans de Suisse (LMS), organisation qu’il a présidée durant une dizaine d’années. Aujourd’hui, Mohamed Karmous est le fondateur et principal animateur d’une dizaine d’organisations islamiques européennes. En 2002, la LMS se présente comme étant membre de l’UOIE, liée aux Frères musulmans. À la même époque, la Ligue se réfère au recueil de fatwas publié sous la conduite de Youssef al-Qaradawi. En 2007, la Ligue de Mohamed Karmous consacre son congrès à « l’intégration des musulmans », mais elle y invite le cheikh saoudien Salman Fahd al-Awda qui, lui, a défendu la « guerre sainte » en Irak et légitimé les attentats-suicides contre les « mécréants »[22]. Cependant, la Suisse refusera d’accorder un visa à ce prédicateur salafiste.
Par ailleurs, Mohamed Karmous crée, en 1999, l’Institut culturel musulman de Suisse (ICMS), fonde, en 2002, le Centre socioculturel des musulmans de Lausanne, qu’il préside, tandis qu’il est également vice-secrétaire de la Comunità Islamica nel Cantone Ticino (canton du Tessin, en Suisse) depuis 2004. En décembre 2009, il participe à la fondation de l’Organisation européenne de bienfaisance islamique, qui agit en Europe mais aussi en Afrique. Il est alors président du conseil de la fondation suisse Wakef, créée en 2009, dont le « but » est de « construire, acheter et assainir les lieux de culte musulmans en Suisse, offrir un cadre religieux adéquat pour les centres culturels musulmans, former les imams… ».
En 2010, Mohamed Karmous lance la Fondation euro-suisse Mithak, et crée, avec le Koweitien Abdullah Alkandari, l’Union islamique des enseignants, dont il est secrétaire général. Il participe aussi à la création de la Fondation d’œuvres à rayonnement socioculturelles [sic]. Mais surtout, il est le premier président de l’Union des instituts européen des sciences humaines et islamiques (UIESH), qui fédère les Instituts européens de sciences humaines (IESH) de Saint-Léger-de-Fougeret, de Saint-Denis, de Wales et de Birmingham.
En conclusion de leur analyse synthétique sur le « regain d’intérêt du Qatar dans les affaires religieuses de la France », les fonctionnaires du renseignement intérieur faisaient, en septembre 2007, ce bref « commentaire » : « Le développement des capacités d’accueil et d’enseignement du centre de formation théologique de Saint-Léger-du-Fougeret (IESH) est devenu une priorité pour l’organisation transnationale des Frères musulmans, qui amplifie ses financements étrangers pour faire de ce centre un vecteur du djihad moderne. » Il était difficile de dire plus clairement les choses. Et force est de constater que les Frères musulmans ont eu depuis tout loisir de développer en France, mais en Angleterre aussi, la puissance pédagogique de leur « vecteur du djihad moderne ».
L’idole des Frères musulmans
Le rapport des RG, daté du 13 septembre 2007, était sans ambiguïté : les 26 et 27 août de la même année, pour commémorer sa dixième promotion d’étudiants, l’IESH de Saint-Léger-du-Fougeret avait compté, on l’a dit, sur la présence du cheikh Youssef al-Qaradawi, celui-ci ayant été présent, en 1997, « lors de la cérémonie de diplômes de la première promotion ». Mais « le grand âge » de « la plus prestigieuse » des « autorités religieuses étrangères » attendues, en 2007, dans la Nièvre, ne lui aura pas permis de faire le voyage depuis le Qatar.
Youssef al-Qaradawi fait l’objet, dans le rapport de renseignement d’une dense notice biographique, qui souligne son importance historique : « Né en 1926 à Saft At-Turab (Égypte), son affiliation au mouvement des Frères musulmans lui valut d’être emprisonné en 1949, 1954, 1956 et 1962. Reçu major de sa promotion à la faculté des fondements de la religion à l’université Al-Azhar de Caire (Égypte)[23]. […] 1960 : thèse sur le thème de la zakât et son rôle dans la résolution des problèmes sociaux. En 1962, détaché par l’université Al-Azhar comme président de l’Institut secondaire des études religieuses au Qatar. En 1977 : président de la fondation de la faculté de droit musulman à l’université du Qatar. Conseiller religieux de la plupart des grandes banques islamiques, actionnaire de la banque Al-Taqwa, auteur de nombreux ouvrages religieux qui sont des références. Dirige le Conseil européen de la fatwa […]. Ouléma influent au sein de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). »
Youssef al-Qaradawi est le gourou et patron de Mohamed Karmous, d’Ahmad al-Hammadi et de tous les Frères musulmans responsables de l’UOIF, entre autres. Théologien, islamologue, conseiller spirituel des pétromonarques du Golfe et universitaire qatari, il est également président de l’Union internationale des savants musulmans. Il est également célèbre pour son émission Al-charia wa Al-Hayat (La voie vers dieu et la vie), diffusée sur Al Jazeera, et dont l’audience atteindrait les 60 millions de téléspectateurs dans le monde.
Youssef al-Qaradawi a publié plus de 120 livres, dont Le Licite et l’Illicite en Islam[24] et L’Islam, civilisation de demain[25], dont certains passages ont été jugés incompatibles avec les droits humains fondamentaux, au point que le livre fut interdit à la vente en France par arrêté ministériel du 24 avril 1995, avant d’être à nouveau autorisé. Depuis le vendredi 13 novembre 2015, il ne s’est pas manifesté avec trop d’évidence, le Qatar, qui l’abrite, faisant profil bas et ayant signifié à son protégé qu’il devait s’abstenir de jeter de l’huile sur le feu, lui qui avait pourtant appelé au « meurtre de tous les fonctionnaires syriens, de tous les soldats de l’armée régulière et en général tous ceux qui soutiennent le pouvoir syrien[26] ».
« Il ne s’agit pas d’attentats-suicides, mais d’opérations-martyrs », considérant que ces opérations « sont l’arme que Dieu a donnée aux pauvres pour combattre les forts ». Ces mots, prononcés en avril 2001 et reproduits dans le journal qatari Al-Raya, visaient à justifier les attentats-suicides palestiniens. Mais le prédicateur idolâtré des Frères musulmans a réitéré à plusieurs reprises ces vues djihadistes, notamment en 2004, dans une interview à la BBC, au cours de laquelle il affirmait que la prohibition coranique du suicide ne s’appliquait pas aux attaques kamikazes, puisque l’intention des assaillants n’était pas de se tuer mais de tuer des ennemis d’Allah : « Ce n’est pas du suicide, c’est du martyre au nom de Dieu. Les théologiens et les spécialistes en jurisprudence ont débattu ce point. Ils y voient une forme du djihad, d’une sorte qui compromet la vie du moudjahidin. Il lui est permis de mettre son âme en jeu, de croiser le chemin de l’ennemi et d’être tué[27]. »
Taqiya
La pratique sophistiquée du double discours est une constante chez les Frères musulmans. Le principe de taqiya (ou taqîya, taqiyya ou takia : dissimulation) est adopté par plusieurs mouvements sectaires islamistes sunnites, bien que ce furent des sectes chiites et kharidjites qui eurent, à l’origine, recours à cette méthode, dans le cadre du djihad. La promotion de la taqiya remonte même à l’époque où la minorité chiite était persécutée par des califes sunnites. Elle était alors une condition de survie.
Dans la loi islamique, la taqiya est fondée sur la sourate III, verset 28, du Coran : « Que les croyants ne prennent pas pour alliés des infidèles, au lieu de croyants. Celui qui agirait ainsi ne serait plus en rien lié à l’égard d’Allah, à moins que, de crainte, vous ne cherchiez seulement à vous protéger d’eux. » Une exégèse très diffusée explique, à propos du verset « à moins que, de crainte, vous ne cherchiez seulement à vous protéger d’eux » : « Al Imâm Abû Ja’far Ibn Jarîr At Tabarî (qu’Allah lui fasse miséricorde) a commenté cela en disant : “À moins que vous ne soyez sous leur domination et que vous ne craigniez pour vos vies. Dans un tel cas, vous pouvez verbalement montrer une certaine complaisance à leur égard tout en dissimulant votre hostilité et sans jamais les suivre dans leur mécréance ni les soutenir effectivement contre les Musulmans.” [Jâmi’ Ul Bayân Fî Tafsîr Il Qur°ân][28]. »
« La taqiya, comme on l’entend aujourd’hui, c’est en fait une version radicalisée de la dissimulation, dans le sens où certains religieux extrémistes ont trouvé dans le Coran des “dalils” (des “preuves”) qui justifieraient leurs actes », expliquait le juge antiterroriste Marc Trévidic, le 12 mars 2013, sur la chaîne de télévision France 24.
« Consacrer le pouvoir de Dieu sur terre »
Le principal objectif des Frères musulmans est l’instauration de régimes islamiques dans les pays à population majoritairement musulmane, tels que l’Égypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc ou la Syrie… Le célèbre mot d’ordre de l’organisation est : « Allah est notre objectif. Le prophète Mahomet est notre chef. Le Coran est notre loi. Le djihad [la guerre juste] est notre voie[29]. »
En 1973, les Frères musulmans participent à la fondation du Conseil islamique d’Europe. Dans les années 1980, ils s’avancent sur la scène musulmane occidentale avec les fondations simultanées de l’Union des organisations islamiques en Europe (UOIE) et de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). La majorité des cadres de l’UOIE sont d’ailleurs membres de l’UOIF. Bien que ces deux organisations nient, contre toute évidence, être des émanations institutionnelles des Frères musulmans, elles se réfèrent aux écrits et dits d’Hassan el-Banna[30], de Sayyid Qutb[31] et de Sayyid Abul Ala Maududi[32], ainsi que sur les fatwas de Youssef al-Qaradawi, tous promoteurs d’un puissant et patient projet visant à convertir et soumettre toute l’humanité au Coran et à la charia[33].
En 1997, le Conseil européen de la fatwa est créé à Dublin (Irlande). Dirigé par Youssef al-Qaradawi et l’Association musulmane de Grande-Bretagne, il est le premier organisme islamiste sur lequel s’appuient l’UOIE et l’UOIF. Sa mission première est d’émettre des fatwas destinées aux musulmans vivant en Europe, afin qu’ils demeurent gouvernés par la charia. Le second objectif est le développement de la présence des Frères musulmans face aux autres organisations islamiques britanniques puissantes, comme le British Muslim Council. Très vite, deux instituts de formation d’imams liés à l’UOIE et à l’UOIF sont créés : l’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon, en 1990, et l’European Institute for Humanitarian and Islamic Studies, au Royaume-Uni. Par ailleurs, Hani Ramadan[34], frère de Tariq Ramadan, fils de Saïd Ramadan[35], petit-fils d’Hassan el-Banna, exerce comme prédicateur et dirige le Centre islamique de Genève, depuis 1995.
Rappelons que Saïd Ramadan a fondé, en 1958, la Société islamiste d’Allemagne, puis la Ligue musulmane mondiale. Il a également été soupçonné d’être l’auteur du « Projet », un plan d’islamisation de l’Europe, daté de décembre 1982 et découvert, en novembre 2001, par les services de renseignement suisses dans une villa de l’homme d’affaires et financier égyptien Youssef Moustafa Nada[36], qui dirigeait la banque islamique Al-Taqwa de Lugano depuis sa création, en 1988, et qui était l’un des plus hauts responsables de la branche internationale des Frères musulmans.
« Le Projet », texte de quatorze pages, commence ainsi : « Ce rapport présente une vision globale d’une stratégie internationale pour la politique islamique. » Il préconise ensuite d’« entrer en contact avec tout nouveau mouvement engagé dans le djihad où qu’il soit sur la planète », afin de « coordonner le travail islamique dans une seule direction pour […] consacrer le pouvoir de Dieu sur terre ». Il suggère aux Frères musulmans d’agir ainsi en Occident : « Construire des institutions sociales, économiques, scientifiques et médicales, et pénétrer le domaine des services sociaux pour être en contact avec le peuple… » Le gourou des Frères musulmans d’Europe, Youssef al-Qaradawi, était l’un des principaux actionnaires de la banque Al-Taqwa de Lugano[37], établissement que dirigeait Youssef Moustafa Nada, le receleur du « Projet »…
Tamkin
Dans un entretien avec Tewfik Aclimandos, spécialiste de l’Égypte et chercheur associé en histoire contemporaine au Collège de France, réalisé par Flavien Bourrat[38], à propos de la prise du pouvoir par Mohamed Morsi en Égypte[39], l’expert expliquait : « Il est clair que le projet des Frères [musulmans] est une prise de contrôle de toutes les sphères de l’État et de la société. Dans ses documents internes – notamment ceux que la police avait saisis entre 1990 et 1992 –, la stratégie de la Confrérie repose sur le concept de Tamkin, à tendance profondément autoritaire. »
Dans la littérature contemporaine des Frères musulmans, le Tamkin, c’est le but ultime visé par toute action pour que l’islam – tel qu’il est compris par la confrérie – domine toutes les autres religions et pour que la charia soit en situation de gouverner l’humanité entière. Pour les Frères musulmans, le Tamkin est le triomphe, la domination, la suprématie, la victoire et la possession sans partage du pouvoir politique.
À propos de la stratégie des Frères musulmans en Europe et en France, Mohamed Louizi[40] affirme enfin que « l’UOIF s’inscrit activement dans la stratégie islamiste globale dite Tamkine (Tamkin) que mènent les Frères musulmans dans le monde entier », que cette fédération a pour objet « de faire de l’entrisme dans les différentes sphères de l’État pour faciliter l’influence et la domination rêvée, au nom d’Allah », et qu’elle « bénéficie de l’argent du contribuable français et de l’autre argent rapatrié du Golfe, particulièrement du Qatar (la Qatar Charity), pour avancer, étape par étape, dans sa stratégie globale ».
Djihad
Le jeudi 11 décembre 2014, l’Académie de géopolitique de Paris organisait un colloque intitulé « Géopolitique du terrorisme » à l’Assemblée nationale. L’intervention de Bassam Tahhan, professeur de géostratégie à l’École nationale supérieure de techniques avancées (Ensta), y fut particulièrement remarquée, notamment en raison de sa conclusion : « Je dirais au président de la République française : “Comme je l’ai montré par les textes, l’organisation des Frères Musulmans est une organisation terroriste. Il faut absolument la classer comme telle, et officiellement, au niveau juridique[41].” »
Avant de parvenir à cette conclusion, il avait développé l’argument qui suit : « Pour répondre à cette question, nous allons nous limiter à l’étude du concept de djihad, combat ou guerre sainte, dans les textes fondateurs [des Frères musulmans], à savoir les épîtres de Hassan el-Banna[42] et notamment l’épître qui porte ce titre et qui y est consacré. Pour bien comprendre la place qu’occupe le djihad dans l’idéologie ou le système de pensée du fondateur, brossons à grands traits cette compréhension de l’islam assez particulière et très simpliste. Le djihad est, pour les Frères musulmans, une obligation faite à tout musulman ; y manquer est un péché capital. L’islamisation globale est donc le but ultime de l’organisation des Frères musulmans. […] Au sein de l’organisation, il y a des combattants dont c’est le métier d’être djihadistes ; c’est à ceux-là que s’adresse l’épître intitulée “Le djihad” rédigée en 1936. »
Analysant ce texte fondateur, Bassam Tahhan expliquait : « L’épitre commence par une innovation religieuse en accolant au nom du Prophète, dans la formule de prière qui lui est consacrée, le titre de Seigneur des Moudjahidin, pour se clore en y incluant tous ceux qui se battent pour sa charia jusqu’au jugement dernier. […] Il passe ensuite au statut du djihad en jurisprudence musulmane, s’appuyant surtout sur les juristes tardifs, pour nous dire que la communauté musulmane a perdu les commandements de sa religion en n’appelant pas au djihad. […] Il en conclut que, vu que les musulmans aujourd’hui sont humiliés, comme vous le savez, gouvernés par des impies…, l’obligation est absolue, incontournable : tout musulman doit se préparer et cacher en lui l’intention de la guerre sainte, en attendant de saisir l’occasion, et ainsi la volonté de Dieu sera accomplie. »
Presque un an plus tard, au lendemain des massacres terroristes du vendredi 13 novembre 2015, l’écrivain Michaël Prazan, auteur d’un documentaire et d’un livre d’enquête sur les Frères musulmans[43], établissait lui aussi le lien profond entre les djihadistes kamikazes de l’État islamique et la confrérie d’origine égyptienne : « Les terroristes de l’État islamique ne comprennent ni n’admettent les termes de démocratie, de libertés, de féminisme, d’universalisme, de reconnaissance des minorités ou des homosexuels ; des droits humains au sens le plus large. […] Ce changement de paradigme, celui qui consiste à préférer la mort à la vie, le “martyre” à la civilisation, à considérer l’humanité comme forclose, réduite à la sphère de l’Oumma, la communauté des musulmans, hors de laquelle n’existent que des apostats ou des mécréants qui doivent être rejetés ou exterminés, Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans en Égypte, l’a théorisé dès la fin des années 1920[44]. »
Michaël Prazan ne se privait pas, alors, de pointer le double discours des responsables actuels des organisations islamiques issues de la confrérie : « Les Frères musulmans, via leur conglomérat associatif et religieux, dont l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) est la version française, ont beau jeu d’affirmer, comme au lendemain de chaque attentat, que ces actes sont indignes, ignominieux, qu’ils ne sont pas l’Islam, qu’ils sont le fait de dégénérés et qu’ils n’ont, eux, rien à voir avec ça. C’est un peu court. C’est passer bien vite sur le fait qu’ils ont créé le discours conquérant et dominateur repris sans cesse par les groupes les plus radicaux et belliqueux de l’islam politique… »
Fatwa contre la France
Nos dirigeants politiques et responsables de nos services de sécurité sont-ils donc les seuls à ne pas connaître, ou reconnaître, la menace permanente, persévérante, que fait peser le « discours conquérant et dominateurs » des Frères musulmans sur la démocratie ? Sont-ils à ce point ignorants des modalités de financement massif du djihadisme, sous couverts de « charité », qui traversent illégalement et impunément les frontières européennes, depuis les pétromonarchies du Golfe ? À ce point indifférents aux preuves de l’unité du djihad, de l’action du « totalitarisme islamique à l’assaut des démocraties[45] » ?
Ont-ils seulement lu les livres des meilleurs connaisseurs de l’islamisme et du terrorisme, qui ont paru depuis plus de vingt ans, et dont les avertissements semblent avoir été bel et bien ignorés, pour ne pas dire méprisés ?
Car, dès 1991, Gilles Kepel expliquait, dans son livre sur Les banlieues de l’islam[46], comment l’augmentation vertigineuse des prix des hydrocarbures, après la guerre d’octobre 1973 au Moyen-Orient, avait produit une véritable manne pétrolière permettant à plusieurs États soucieux de la propagation de l’islam de développer un réseau de plus en plus dense d’associations et de mosquées sur le territoire français. À l’époque, Gilles Kepel comptait parmi eux la Libye du colonel Kadhafi, le Koweït et les Émirats arabes unis, mais surtout le royaume d’Arabie saoudite. Il relevait aussi très clairement que « le cartel des producteurs de pétrole [était] dominé par un pays dont les capacités d’extraction comme les réserves d’or noir semblent inépuisables : l’Arabie saoudite, qui se fait de l’islam et de sa propagation une idée précise et vigoureuse » et que ce royaume mettait « au service de cette idée les moyens financiers que lui donn[ait] la richesse de son sous-sol[47] »…
Le chercheur rappelait encore que la monarchie wahhabite de l’Arabie saoudite avait ouvert, en 1977, un bureau de la Ligue islamique mondiale à Paris. Cette organisation internationale, soi-disant non gouvernementale, avait pour objet de promouvoir l’islam, en accordant notamment des subventions aux associations islamiques qui créeraient ou entretiendraient les mosquées. Certes, si ce bureau constituait le principal vecteur officiel de l’influence saoudienne sur l’islam en France, les sommes qui transitaient par son intermédiaire demeuraient modestes comparées aux flux financiers qui circulaient, à titre privé, entre hommes d’affaires membres de la famille royale de la Péninsule et les associations islamiques en France…
Dans un autre registre, éminemment policier, Roland Jacquard révélait en 1998, dans un livre intitulé Fatwa contre l’Occident[48], à partir d’une documentation précise récoltée auprès des services de renseignement européen, les sources de financement de l’islamisme radical, ses bases de formation au djihad en Afghanistan, au Liban, en Algérie ou en Bosnie, ainsi que les réseaux de soutien ou d’actions terroristes en Europe, réseaux tissés grâce au « recrutement de jeunes des banlieues désespérées par le chômage et les difficultés d’intégration ». Dans un chapitre consacré aux « banquiers d’Allah », il relevait que le système des banques islamiques était né en 1969, lors de la première session de l’organisation de la Conférence islamique, à l’initiative du roi Fayçal d’Arabie saoudite. Quelques années plus tard, avec la naissance de la Banque islamique de solidarité au Soudan, la dimension militante et idéologique du système bancaire islamique l’emporta sur la logique purement financière. Ainsi la banque Al-Taqwa, créée en 1987, dont le contrôle religieux était directement exercé par les Frères musulmans.
Trois ans et demi avant les attentats du 11 septembre 2001, Roland Jacquard traçait aussi les liens financiers entre Oussama ben Laden et les auteurs des attentats du GIA, en 1995, à Paris. Il décrivait ensuite ce qu’il appelait la « toile d’araignée islamiste » en Europe, tissée de la Suède à l’Espagne, en passant par le Danemark, l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Suisse, l’Italie, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique, et bien entendu la France, concluant que « les réseaux de vente d’armes qui associent les mafias et les terroristes ne se gênent pas pour tourner à leur avantage la disparition des frontières européennes ».
Dans Guerres contre l’Europe[49], Alexandre Del Valle décrivait dans le détail « une stratégie de conquête planétaire » et les « grands pôles mondiaux du prosélytisme islamiste ». Parmi les cinq grands pôles internationaux de « l’exacerbation islamiste », qui appuient l’action des réseaux islamistes implantés en Europe, le premier est l’Arabie saoudite et les institutions qu’elle contrôle, expliquait-il : Ligue islamique mondiale, organisation de la Conférence islamique, et autres associations caritatives et religieuses. « Le nerf de la guerre de la conquête politique ou religieuse étant l’argent, l’activité des milliardaires et banques islamiques saoudiens sont le secret du très efficace prosélytisme saoudo-wahhabite de par le monde », affirmait-il lui aussi.
En 2002, Alexandre Del Valle dressait à nouveau un état des lieux de la pénétration islamiste en Europe et aux États-Unis[50]. Dans des pages particulièrement documentées, ce professeur de géopolitique à l’Ecole de guerre économique montrait comment les structures des Frères musulmans et du pôle indo-pakistanais du Tabligh embrigadait et drainait les recrues européennes de la nébuleuse salafiste vers le Pakistan et l’Afghanistan, afin qu’elles s’y forment au djihad. Il relevait que « depuis une dizaine d’années, les militants islamistes recrutés dans les banlieues françaises, londoniennes ou belges sont fortement prisés par les syndicats de l’islamo-terrorisme international ».
En 2002 encore, Alain Bauer et Xavier Raufer avertissait que « la guerre ne fait que commencer[51] ». Les deux criminologues n’hésitaient pas à écrire : « À vue d’homme, la forme principale que prend la guerre est aujourd’hui celle d’un conflit terroriste, ou criminel. Ses champs de bataille sont les zones hors contrôle de la planète, la “jungle de béton”, les banlieues sauvages. Attentats-massacres, mutilations et enlèvements de masse sont le quotidien de ces “bandenkriege” [guerre de bandes]. Face à celles des pays développés, les armées ont disparu ; ce ne sont plus que réseaux, protoplasmes, entités irrationnelles violentes, sectes, noyaux acéphales, guérillas dégénérées et mafias. Et aussi : desperados, “loups solitaires” et “amoureux du martyr”[52]. »
Enfin, toujours en 2002, dans une nouvelle édition de leur Ben Laden. La vérité interdite[53], Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié n’hésitaient pas à affirmer : « Trois clés permettent de comprendre le rôle de l’Arabie saoudite dans l’expansion d’une forme radicale de l’islamisme : la religion, fer de lance du prosélytisme entretenu par le royaume, le système bancaire, comme instrument des ambitions religieuses du royaume, et le pétrole, comme arme de dissuasion contre l’Occident. » Et ils précisaient que « la quasi-totalité des réseaux islamistes implantés au Proche-Orient, en Afrique et en Occident [sont] ainsi financés par l’État saoudien et par le biais d’institutions islamiques internationales qu’il contrôle ». Citant Xavier Raufer, ils expliquaient que si l’Arabie saoudite n’a plus de budget consacré au terrorisme, « les 4 000 princes qui dirigent le royaume financent au coup par coup les mouvements islamistes, comme autrefois on achetait des indulgences[54] ».
Battant alors en brèche le lieu commun d’un Oussama ben Laden « renégat de l’Arabie saoudite », ces deux spécialistes du renseignement s’interrogeaient : « Comment peut-on légitimement soutenir qu’il n’existe plus aucune relation entre la famille Bin Laden et Ossama, lorsque cette même famille entretient des relations économiques étroites et suivies depuis des années avec la famille de son beau-frère, Khalid Bin Mahfouz, accusé d’avoir injecté jusqu’à ces derniers mois des millions de dollars pour soutenir les activités terroristes d’Ossama Bin Laden ? […] Il existe au royaume du pétrole roi une denrée plus répandue encore. Il s’agit de l’hypocrisie dont l’Arabie saoudite abreuve l’Occident[55]. »
La formation saoudienne des « soldats de Dieu »
Manuel Valls, Premier ministre depuis avril 2014, et qui fut ministre de l’Intérieur de mai 2012 à mars 2014, ne peut être soupçonné d’être ignorant de ces avertissements massifs, experts et unanimes. Ni d’être un naïf… N’affirmait-il pas, d’ailleurs, le lundi 9 février 2015, sur les ondes d’Europe 1, qu’il fallait « combattre le discours des Frères musulmans », mettant ouvertement en cause l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) ? « Il faut combattre le discours des Frères musulmans dans notre pays. Il faut combattre les groupes salafistes dans les quartiers », a-t-il martelé.
Interrogé sur les moyens de les combattre, Manuel Valls répondait alors : « Par la loi, par la police, par les services de renseignement. Beaucoup de choses sont faites. » Ces rodomontades furent proférées neuf mois avant les tueries terroristes du vendredi 13 novembre 2015.
Le mardi 17 novembre, sur les ondes de France Inter, le Premier ministre reprenait : « Nous avons aussi un ennemi intérieur et les Français nous demandent de combattre aussi cet islamisme radical, ce djihadisme qui est né dans les quartiers populaires. Nous devons lutter avec la dernière des énergies contre l’islamisme radial et le djihadisme qui séduit des milliers de jeunes Français. […] On doit lutter contre l’islamisme qui est une pathologie de l’islam et qui nécessite que l’islam se rebelle contre cette pathologie qui le salit. […] Notre ennemi, c’est le terrorisme et nous devons le combattre partout avec les armes de la République. »
Était-il vraiment plus crédible qu’en février 2015 ?
D’autant que, dans la foulée, le Premier ministre affirmait, au même micro : « Le pouvoir en Arabie saoudite comme au Qatar lutte contre Daech, c’est incontestable, et je n’ai pas de raison aujourd’hui de douter de l’engagement de ces deux gouvernements. Reste la question de l’ensemble des financements [de l’État islamique], mais au Moyen-Orient les choses sont très compliquées[56]. »
Si compliquées que ça ? Il y a de quoi douter de la pertinence, voire de la sincérité de ces derniers mots de Manuel Valls. Car, début décembre 2015, Aleph me donnait à lire et recopier une « note d’information » rédigée par un haut fonctionnaire du renseignement et de la coordination de la lutte antiterroriste, datée du 17 janvier 2007, et portant sur « l’université Al-Imam Muhammad Ibn Saoud de Riyad » (Arabie saoudite)[57]. Un document de quatre pages dont les conclusions menaçantes ne sauraient être ignorées d’un haut dirigeant politique de notre pays, surtout lorsqu’il a été ministre de l’Intérieur pendant presque deux ans. Car l’université islamique Al-Imam Muhammad Ibn Saoud, « vaste complexe implanté en périphérie de la ville de Riyad », y est décrite comme une véritable fabrique de terroristes.
Ses infrastructures ont manifestement impressionné les agents du renseignement extérieur qui l’ont infiltrée : « Extérieurement, ses clôtures, sa salle de contrôle et de surveillance ultramoderne installée au sommet du château d’eau, ses systèmes de sécurité et de protection modernes lui donnent plus une allure de camp militaire ou de prison que d’université. Impression renforcée par ses gardes privés, fortement armés, qui en assurent la surveillance. L’université dispose de sa propre centrale électrique et d’importantes réserves d’eau. Certains quartiers de l’université sont entourés de hauts grillages et leur accès est réservé aux seules personnes autorisées. » Il est manifeste que l’université islamique Al-Imam Muhammad Ibn Saoud et le clergé wahhabite saoudien qui y enseigne se sont donné les moyens de soutenir – victorieusement, on le verra par la suite – un rapport de force menaçant avec les autorités civiles du royaume. De fait, « ni l’armée ni les forces de police (civile) ne sont autorisées à pénétrer dans les universités islamiques », car « toute intrusion des forces de sécurité dans une université risquerait de causer des troubles que le gouvernement (saoudien) préfère éviter, d’autant que, dans la police comme dans l’armée ou la garde nationale, se trouvent des intégristes religieux qu’il convient de ménager pour qu’ils ne se retournent pas contre leurs employeurs ».
La note d’information du renseignement antiterroriste entre, ensuite, dans le vif du sujet : « L’université a trois fonctions : la formation des oulémas, la formation de la police religieuse et la formation des “soldats du djihad” au niveau de l’encadrement. En ce qui concerne cette dernière formation, il est important de préciser que la notion de terrorisme n’est pas la même en Arabie saoudite que dans les pays occidentaux. La participation de combattants au djihad y est considérée comme normale et encouragée comme étant le devoir sacré de tout musulman. » Ceci étant rappelé, le document classé continue : « L’université Al-Islam assure la formation des cadres des “soldats de Dieu”. Les jeunes musulmans, recruté dans les mosquées du monde entier et qui constitueront la piétaille, sont envoyés directement dans les camps situés à proximité des zones de combat, Irak, Afghanistan ou Tchétchénie, où ils recevront une formation courte, généralement entre trois et six mois. Par contre, ceux dont la foi et les capacités intellectuelles ont été remarquées, seront destinés à devenir les cadres de ces combattants et doivent donc recevoir, en trois ans, une formation paramilitaire et religieuse en conséquence. »
Et, à partir de ces indications encore générales, la « note d’information » précise : « À l’issue de leur formation religieuse, les étudiants auront pleinement intégré l’islam wahhabite. Leur formation paramilitaire comprend l’apprentissage des techniques de guérilla, le maniement d’armes et l’étude des explosifs. […] Des formations annexes sont aussi données dans les annexes implantées dans le désert et notamment à Burayda. […] À l’issue de leur scolarité, les étudiants sont renvoyés dans leurs pays d’origine ou en tout endroit où leur présence sera jugée utile pour la défense de l’islam. Le choix de leur vie ne leur appartient pas, il appartient à Dieu, c’est le premier enseignement de leur scolarité. […] Si sa contribution au djihad est maintenant principalement active en Irak, la sympathie des enseignants et des élèves de l’université Al-Imam pour les thèses les plus extrémistes du wahhabisme fait qu’elle demeure un danger pour l’avenir. »
Le contenu du document ici révélé est également particulièrement explicite quant au financement des fabriques de djihadistes en Arabie saoudite, et ce par « un flot d’argent constant qui alimente les fondations et universités qui se consacrent à la défense et à la propagation de l’islam le plus extrémiste ». Pour ceux qui soutiennent encore que « le pouvoir » n’est en rien partie prenante de l’ensemble, la « note d’information » du renseignement y apporte un démenti clair, net et précis : « Comme les autres universités, celle de Riyad est financée par des subventions en provenance de l’État et des fondations islamiques, ainsi que par des donations de riches musulmans, souvent saoudiens comme le cheikh …, mais aussi d’autres originaires des pays du Golfe, d’Égypte, de Brunei ou du Pakistan. […] Les princes saoudiens, qui auraient, selon la rumeur, beaucoup à se faire pardonner, donnent en conséquence. »
Enfin, la synthèse du renseignement antiterroriste sur l’université Al-Imam Muhammad Ibn Saoud montre à quel point le clergé wahhabite extrémiste impose sa loi à l’État saoudien, quitte à user de l’argument ultime, comme en témoigne « l’attentat commis le 21 avril 2004 contre le ministère de l’Intérieur saoudien », attentat qui « coïncidait avec la clôture d’une conférence sur la prévention du terrorisme organisée à la demande expresse du prince héritier et qui n’avait pas été du goût de la majorité des enseignants et élèves de cette structure ».
Malheureusement, les mises en garde contenues dans ce document et dans nombre d’autres notes du renseignement semblent être restées lettres mortes, la « diplomatie économique » l’emportant encore et toujours sur la sûreté des citoyens occidentaux et obligeant les gouvernements français successifs à fermer les yeux sur les agissements réels de l’Arabie saoudite, mais aussi du Qatar.
Il est vrai qu’en matière d’aveuglement et de dissimulation, la France n’a pas grand-chose à envier à son grand allié américain. À Washington, un document de vingt-huit pages, intitulé « Éléments, discussion et récit concernant certains sujets sensibles de sécurité nationale », est toujours tenu au secret dans une pièce hypersécurisée du Comité pour le renseignement de la Chambre des représentants. Il faut dire qu’un élu, qui avait lu ce document classifié, avait confié au New Yorker que « les preuves du soutien du gouvernement saoudien pour les événements du 11 septembre 2001 étaient très dérangeantes ». En avril 2014, Barack Obama s’était dit favorable à la déclassification de ces vingt-huit pages secrètes, mais les familles des victimes des attentats du 11 Septembre attendent toujours leur divulgation.
Il faut noter néanmoins qu’en janvier 2015, une « source proche du renseignement américain » affirmait qu’« un basculement stratégique était en cours à Washington concernant l’évaluation du rôle des Saoudiens dans la promotion du terrorisme djihadiste[58] ». Et à Paris ?
Le boom salafiste
Une note de la DGSI, datée de février 2015, estimait qu’une soixantaine de mosquées françaises seraient sous influence salafiste (wahhabite). Dans son livre paru au même moment, Bernard Godard, ancien responsable du bureau des Cultes au ministère de l’Intérieur, écrivait que les salafistes « contrôlent » une centaine de mosquées et salles de prière en France[59]. Selon lui, le mouvement de conquête salafiste des mosquées françaises aurait commencé en région parisienne au milieu des années 1990, notamment à Stains (Seine-Saint-Denis), à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), puis à Argenteuil et Pontoise (Val-d’Oise), à Corbeil-Essonnes et Longjumeau (Essonne).
En 2015, l’Île-de-France comptait environ vingt-cinq mosquées et oratoires sous contrôle salafiste, le Grand Lyon une vingtaine et Marseille une douzaine. Dans le Nord, principalement entre Lille et Roubaix, elles étaient une dizaine. D’autres communautés étaient aussi repérées à Vitrolles, Alès, Besançon, Brest, et même en milieu rural, comme à Artigat (Ariège), Châteauneuf (Cher), Marvejols (Lozère), Saint-Uze (Drôme)… Au total, tous ces lieux de culte rassemblaient entre 15 000 et 30 000 personnes, une population qui a doublée depuis 2010.
Si le Qatar finance traditionnellement les associations et les mosquées affiliées aux Frères musulmans et donc à l’UOIF, les communautés salafistes bénéficient du soutien financier de Saoudiens. La mosquée de Cannes a reçu un chèque de 2 millions d’euros, en 2014, de la part d’un mécène de Djeddah, la deuxième ville d’Arabie saoudite, nommé Saleh Abdullah Kamel, président du groupe bancaire islamique Al-Baraka[60]. De façon générale, les mosquées de France sollicitent de plus en plus les dons inépuisables de Riyad, par l’intermédiaire de nombreuses ONG saoudiennes, et un grand nombre des 350 mosquées en cours de construction bénéficieraient des pétrodollars de l’Arabie saoudite, comme ce fut déjà le cas pour les mosquées d’Evry (Essonne), de Lyon (Rhône) ou de Strasbourg (Bas-Rhin).
Quant aux prêches tenus dans certaines de ces mosquées, un officier du renseignement intérieur me rappelait, début décembre 2015, que plusieurs imams salafistes saoudiens ne s’embarrassaient plus des convenances du politiquement correct français, tel le cheikh saoudien Saad Nasser al-Shatry qui avait fait l’objet de l’un des premiers arrêtés d’expulsion, en 2012[61]. Un autre prédicateur wahhabite, Issa Assiri, justifiait ainsi les attentats de janvier 2015, dans un sermon prononcé à la mosquée Saeed bin Jubair, à Djeddah, en Arabie saoudite : « L’épée est plus véridique que le livre. Sa pointe tranchante sépare la sincérité de la facétie. […] C’est le langage que ces infidèles juifs et chrétiens comprennent. C’est le seul langage qu’ils comprennent. […] Quand quelqu’un maudit le prophète Mahomet ou se moque de lui, quelle doit être sa punition ? Maudire ou se moquer du Prophète est un acte d’apostasie ; tous les érudits en conviennent, que cette moquerie soit sérieuse ou légère. Quiconque la commet, musulman ou infidèle, doit être tué, même s’il se repent. »
Le 8 mai 2015, la mosquée Abou Bakr, dans le quartier du Pile, à Roubaix, avait accueilli, pour la troisième fois en deux ans, le cheikh saoudien salafiste Mohammed Ramzan al-Hajiri qui faisait pourtant l’objet d’une interdiction d’entrée sur le territoire français jusqu’en 2050, étant fiché « S » par la DGSI comme « individu susceptible de troubler l’ordre public en raison de ses prêches islamistes radicaux[62] ».
Antoine Peillon
LIRE AUSSI : « À gauche, on oublie trop que l’islamisme est une variante du lepénisme » (Le Jacquemart, 1er juin 2024) et « Vive le combat laïque ! – 1 – La « foi laïque », pour contrer la conquête islamiste dans nos écoles » (Le Jacquemart, 13 novembre 2024)
[1]. L’IESH est un établissement d’enseignement supérieur privé de théologie musulmane et de langue arabe. Il forme des imams dans deux établissements, en France : l’IESH Château-Chinon, installé depuis 1990 dans la commune de Saint-Léger-de-Fougeret (Nièvre), qui ambitionne d’accueillir quelque 450 étudiants venus de toute l’Europe (France, Allemagne et Belgique pour l’essentiel) ; l’IESH Paris, fondé en 1999 et localisé à Saint-Denis, qui forme quelque 1 700 étudiants chaque année. En 2010, ces établissements et deux de leurs homologues britanniques se sont fédérés dans l’Union des instituts européens des sciences humaines et islamiques, laquelle serait présidée par Mohamed Karmous, dont le nom n’est pourtant pas mentionné dans l’annonce de création de l’association publiée dans Le Journal officiel du 10 juillet 2010.
[2]. Plus précisément dans le canton de Neuchâtel, en bordure de la frontière avec la France (Doubs).
[3]. FRG : Fichier des renseignements généraux (280 000 fiches en 2006). STIC : Système de traitement des infractions constatées, à propos duquel la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme, le 18 septembre 2014.
[4]. Il s’agit sans doute de Ahmad al-Hammadi, dont le « blanc » des RG précise qu’il est « né le 01.01.1956, de nationalité qatarienne, ayant le statut diplomatique de directeur des affaires légales auprès de l’ambassade du Qatar […] à Paris ». Lire les pages suivantes, où il est à nouveau question de sa participation à un financement autrement plus important de l’IESH.
[5]. La « note RG » précise : « Né le 01.07.1952 à Mossoul (Irak), demeure […] à Nevers (58) et par ailleurs membre du Conseil régional du culte musulman (CRCM) de Bourgogne. »
[6]. Membre du Conseil français du culte musulman (CFCM), depuis les élections de 2003, l’UOIF détient une vice-présidence et la présidence de onze des vingt-cinq conseils régionaux du culte musulman (CRCM). Si l’on en croit Ahmed Jaballah lui-même, cofondateur de l’UOIF, qui siège toujours dans l’appareil directeur : « L’UOIF est une fusée à deux étages. Le premier étage est démocratique, le second mettra en orbite une société islamique. » (« La face cachée de l’UOIF », L’Express, 2 mai 2005). Comme toutes les structures liées aux Frères musulmans, elle est inscrite en novembre 2014 sur la liste des groupes terroristes publiée par les Émirats arabes unis avec 81 autres organisations dans le monde entier, dont plusieurs sont (légalement) actives au sein de l’Union européenne. Lire Fiammetta Venner, OPA sur l’islam de France. Les ambitions de l’UOIF, Calmann-Lévy, 2005.
[7]. Qatar Charity est souvent accusée de soutenir le terrorisme. On y reviendra.
[8]. http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/uncharitable-organizations.
[9]. United States District Court/Northern District of Illinois/Eastern Division – Government’s Evidentiary Proffer Supporting the Admissibility of Co-Conspirator Statements, p. 25 (www.investigativeproject.org/documents/case_docs/2517.pdf).
[10]. United States of America v. Usama bin Laden/6 February 2001.
[11]. « Darfur rebels accuse Qatar of supporting government military campaign », Sudan Tribune, 11 février 2015.
[12]. Chaim Levinson, « Israel Blacklists 163 Foreign Charities Suspected of Supporting Terrorism », Haaretz, 12 janvier 2011.
[13]. Parmi les « câbles » de la diplomatie américaine révélés par WikiLeaks, on lit ceci à propos de Dar Al-Bir (ou Dar Al Birr, ou Dar al Ber Society) : « […] organisations soupçonnées d’être des soutiens au terrorisme (Hamas, Al-Qaïda…) comme l’IHH (Turkish Humanitarian Relief), l’AHF (l’ONG saoudienne Al-Haramain Foundation), les ONG pakistanaises Al-Rashid Trust et Al-Akhtar Trust (interdites par l’ONU), Dar Al-Birr une ONG des Émirats arabes unis »…
[14]. On trouvera, plus loin, son « portrait ».
[15]. Les informations qui suivent recoupent celles de Mohamed Louizi, auteur de Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans, Michalon, 2016 (ouvrage non encore paru lorsque je terminais ce livre), et animateur du blog « Ecrire sans censures ! » (mlouizi.unblog.fr).
[16]. On lit, dans la biographie officielle d’Ahmad al-Hammadi qui figure sur le site de Qatar Charity (page « Qatar Charity Launches “Ghaith” (Rain) Initiative for Islamic Projects Worldwide ») : « Prédicateur islamique du Qatar et érudit qui a fait du bénévolat dans la charité et l’humanitaire, [il] travaille depuis vingt ans avec le Qatar Charity, l’Organisation islamique Dawa, ainsi qu’avec d’autres organisations. Dr Al-Hammadi est membre de l’assemblée générale de Qatar Charity et superviseur général de centres, écoles et universités islamiques d’“Initiative Ghaith” dans le monde entier. Il est diplômé du Collège de la charia de l’Université du Qatar, et est titulaire d’un doctorat de l’université islamique Imam Muhammed Ibn Saud, à Riyad (royaume d’Arabie saoudite). Il a ensuite travaillé en tant que professeur associé en interprétation du Coran au Collège de la charia de l’Université du Qatar. »
[17]. Membre du Conseil français du culte musulman, depuis les élections de 2003, l’UOIF, on l’a dit, détient une vice-présidence et la présidence de onze des vingt-cinq conseils régionaux du culte musulman (CRCM).
[18]. Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget, Le Vilain Petit Qatar. Cet ami qui nous veut du mal, Fayard, 2013, et Vanessa Ratignier, avec Pierre Péan, Une France sous influence. Quand le Qatar fait de notre pays son terrain de jeu, Fayard, 2014.
[19]. Homme d’affaires (pétrole et gaz) et politicien qatari, membre de la famille royale Al-Thani, directeur général de la chaîne Al Jazeera de septembre 2011 à juin 2013, ministre de l’Économie et du Commerce depuis juin 2013. Arabian Business l’avait désigné comme étant l’homme d’affaires le plus puissant du Qatar, en 2012.
[20]. Né en 1959, prince et homme d’État qatari, issu de la famille royale régnante Al-Thani, Premier ministre du Qatar d’octobre 1996 à avril 2007, actuellement ministre d’État chargé des Affaires intérieures, propriétaire, depuis 2007, de l’hôtel Lambert, sur l’île Saint-Louis, à Paris.
[21]. Cette fédération, ou Union des organisations islamiques en Europe, relaie le Conseil européen pour la fatwa et la recherche, dirigé par le Qatari d’origine égyptienne Youssef al-Qardaoui. Le Conseil considère que la charia doit être la norme absolue pour tous les musulmans. L’UOIE est le promoteur du développement de l’Union des organisations islamiques de France, de ses nombreuses associations satellites, ainsi que de la création de l’Institut européen des sciences humaines, lequel aurait déjà formé, entre 1990 et 2004, plus de trois cents imams.
[22]. « Le statut des opérations-martyrs en islam » (Fatwah de cheikh Salman ibn Fahd al-Awdah Hafizahullah, traduite par Al-Mourabitoune), publié le 30 novembre 2002, et à nouveau le 9 mai 2006 sur le blog « al-islam-wal-andalous ».
[23]. En 2014 et en janvier 2015, l’université et la mosquée (c’est tout un) Al-Azhar, considérée comme la principale autorité mondiale de l’islam sunnite, est accusée d’être infiltrée par les Frères musulmans, certains imams du ministère des Waqfs (legs pieux) affirmant que le cheikh d’Al-Azhar, Ahmad al-Tayeb, maintenait en poste des conseillers membres des Frères musulmans au sein de son institution. Selon Sameh Eid, membre dissident des Frères musulmans, il existe quelque 220 professeurs et 4 000 assistants dépendant de la confrérie islamiste au sein de l’université d’Al-Azhar. Il ajoute : « La plupart des imams et des prédicateurs dépendant des Frères musulmans sont diplômés des facultés d’Al-Azhar. La confrérie a depuis longtemps demandé à ses membres d’envoyer leurs enfants aux écoles d’Al-Azhar et à ses facultés. Ainsi, l’emprise de la confrérie s’est renforcée sur Al-Azhar. C’est une situation qui va perdurer. » Durant son discours du jeudi 1er janvier 2015, prononcé à l’occasion de la célébration de l’anniversaire du prophète Mahomet, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s’était adressé en ces termes au grand imam d’Al-Azhar : « Toi et les prédicateurs, vous êtes responsables devant Allah de la rectification de l’image de l’islam. » (Al-Ahram Hebdo, 7 janvier 2015).
[24]. Écrit vers 1960, à la demande de l’Institut général de la culture islamique de l’université Al-Azhar (trad. française publiée aux éditions Al-Qalam, en 2000).
[25]. Trad. française publiée par la Fondation Al-Falah, en 2000.
[26]. MondAfrique, 19 novembre 2015.
[27]. « It’s not suicide, it is martyrdom in the name of God, Islamic theologians and jurisprudents have debated this issue. Referring to it as a form of jihad, under the title of jeopardising the life of the mujahideen. It is allowed to jeopardise your soul and cross the path of the enemy and be killed. » BBC News, 8 juillet 2004 (news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/newsnight/3875119.stm).
[28]. Site http://www.at-tawhid.net, Éxégèse coranique (At Tafsîr).
[29]. « An Explanatory Memorandum on the General Strategic Goal for the Group in North America 5/22/1991 », original en arabe, suivi d’une traduction en anglais (www.investigativeproject.org/documents/misc/20.pdf).
[30]. Instituteur égyptien (1906-1949), fondateur des Frères musulmans, grand-père de Tariq Ramadan et Hani Ramadan. El-Banna s’oppose à la conception spiritualiste de l’islam. Pour lui, au-delà de sa dimension religieuse, la Oumma (communauté des musulmans) est également doté d’une dimension politique. Il projette de restaurer le califat, territoire soumis à l’autorité d’un calife, successeur de Mahomet, dans l’exercice politique du pouvoir.
[31]. Égyptien (1906-1966), poète, journaliste, essayiste et critique littéraire, militant des Frères musulmans dont il a profondément influencé la doctrine, dans un sens antimoderniste, antioccidental et antisémite. Au sujet de son influence considérable sur le djihadisme apocalyptique, lire, dans Michel Terestchenko, L’Ère des ténèbres (op. cit.), le chapitre essentiel qu’il lui consacre, p. 71-90 : « Sayyid Qutb, doctrinaire de l’islamisme radical ».
[32]. Théologien pakistanais fondamentaliste (1903-1979), fondateur du parti pakistanais Jamaat-e-Islami. Il espérait la création d’un État islamique unifié, fondé sur l’application rigoureuse de la charia, qui s’étendrait progressivement à tout le sous-continent indien. Il est le premier islamiste du xxe siècle à prôner le retour au djihad, dont l’objectif doit être, dit-il, d’abolir les lois non islamiques et d’établir un État islamique mondial : « L’Islam souhaite détruire tous les États et gouvernements, partout sur la face de la terre, qui sont opposés au programme de l’Islam, sans regarder le pays ou la nation qui instaure ces lois. […] L’Islam revendique toute la terre, non une petite partie, parce que l’humanité entière doit bénéficier du programme de bien-être de l’Islam » (Jihad in Islam, The Holy Koran Publishing House, 1980).
[33]. Normes doctrinales, sociales, culturelles et relationnelles édictées par la Révélation (Coran). Le terme signifie « chemin pour respecter la loi [de Dieu] ». La charia codifie tout à la fois la vie publique et privée de la vie du musulman, ainsi que les interactions sociétales. Les musulmans considèrent cet ensemble de normes comme l’émanation de la volonté de Dieu (Shar’).
[34]. Le 10 septembre 2002, Hani Ramadan fait référence à la lapidation, dans un article publié par Le Monde, en la présentant comme une action légitime « parce qu’il s’agit d’une injonction divine », ajoutant que « la rigueur de cette loi est éprouvante pour les musulmans eux-mêmes », mais qu’elle « constitue une punition » et « aussi une forme de purification ». Cinq jours après les attentats du 13 novembre 2015, il explique sur son blog que « l’islam n’a rien à voir avec tout cela » et suggère de commencer par « surveiller le Mossad ».
[35]. Héritier spirituel et gendre du fondateur des Frères musulmans, Hassan el-Banna, lui-même fondateur de la branche palestinienne de la confrérie. Il aurait été soutenu politiquement, voire financé, par les services secrets suisses, anglais et surtout américains (CIA), dès les années 1950, selon le journaliste américain Ian Johnson, auteur de Une mosquée à Munich. Les nazis, la CIA et la montée des Frères musulmans en Occident, Jean-Claude Lattès, 2011.
[36]. Sylvain Besson, La Conquête de l’Occident. Le projet secret des islamistes, Seuil, 2005.
[37]. Sylvain Besson, « L’islamisme à la conquête du monde », Le Temps, 6 octobre 2005.
[38]. Lettre de l’IRSEM, n° 9, 2012.
[39]. Président du parti Liberté et Justice, formation politique issue des Frères musulmans, Mohamed Morsi représente ce parti islamiste à l’élection présidentielle qui suit la Révolution de janvier 2011. L’emportant, au second tour, avec 51,73 % des voix, il devient le premier président élu démocratiquement en Égypte, investi le 30 juin 2012. Il est renversé par un coup d’État militaire, le 3 juillet 2013, à la suite d’un mouvement populaire protestataire massif : le 30 juin, près de vingt millions d’Égyptiens avaient manifesté pour demander sa démission. Le 13 juillet 2013, le parquet annonce qu’une enquête pénale est ouverte contre Mohamed Morsi pour espionnage, incitation à la violence et destruction de l’économie. Début septembre, le parquet décide de son inculpation pour « avoir commis des actes de violence et avoir incité au meurtre et au pillage », de même que quatorze autres responsables des Frères musulmans égyptiens. Le 21 avril 2015, il est condamné à une peine incompressible de vingt ans de prison. Le 16 mai 2015, il est condamné à mort pour des évasions de prison et des violences durant la révolution de 2011. Une centaine d’autres accusés, dont des dirigeants éminents des Frères musulmans, sont également condamnés à la peine capitale.
[40]. Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans (ouvrage cité, non encore paru).
[41]. « Le djihâd selon le fondateur des Frères musulmans », par Bassam Tahhan, professeur de géostratégie à l’Ensta, le jeudi 11 décembre 2014.
[42]. Grand-père de Tariq et Hani Ramadan, Hassan el-Benna (ou Hassan al-Bannâ), né le 14 octobre 1906, assassiné le 12 février 1949, instituteur égyptien, fondateur des Frères musulmans (1928), comme déjà évoqué plus haut.
[43]. Documentaire La Confrérie. Enquête sur les Frères musulmans, France 3, mai 2013, et Frères musulmans. Enquête sur la dernière idéologie totalitaire, Grasset, 2014.
[44]. « Les Frères musulmans et l’UOIF doivent réformer leur théologie », Le Monde (lemonde.fr), 23 novembre 2015.
[45]. Alexandre Del Valle, Le Totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties, Éditions des Syrtes, 2002.
[46]. Gilles Kepel, Les Banlieues de l’islam. Naissance d’une religion en France, Seuil, 1991, p. 211.
[47]. Ibid., p. 312.
[48]. Roland Jacquard, Fatwa contre l’Occident, Albin Michel, 1998.
[49]. Alexandre Del Valle, Guerre contre l’Europe, Éditions des Syrtes, 2000.
[50]. Alexandre Del Valle, Le Totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties, op. cit.
[51]. Alain Bauer et Xavier Raufer, La Guerre ne fait que commencer. Réseaux, financements, armements, attentats… Les scénarios de demain, Jean-Claude Lattès, 2002 ; nouv. éd. Gallimard, coll. « Folio documents », 2003.
[52]. Ibid., p. 301.
[53]. Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié, Ben Laden. La vérité interdite, Denoël, 2002.
[54]. Ibid., p. 109-131.
[55]. Ibid., p. 175. Autres lectures indispensables, auxquelles je ne peux malheureusement consacrer d’autres lignes (par ordre chronologique des parutions) : Bruno Étienne, L’Islamisme radical, Hachette, 1987 (et surtout sa conclusion : « Du messianisme révolutionnaire à l’Apocalypse ») ; Gilles Kepel, La Revanche de Dieu, Seuil, 1991 et 2003 ; Nicolas Beau, Paris, capitale arabe, Seuil, 1995 ; Samuel P. Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, op. cit. ; Benjamin R. Barber, Djihad versus McWorld. Mondialisation et intégrisme contre la démocratie, Desclée de Brouwer, 1996, en coll. « Pluriel », 2001 ; Gilles Kepel, Djihad, Gallimard, 2000 ; Jeanne-Hélène Kaltenbach et Michèle Tribalat, La République et l’Islam. Entre crainte et aveuglement, Gallimard, 2002, notamment p. 307-326 sur « Un djihad à deux faces» ; Chahdortt Djavann, Que pense Allah de l’Europe ?, Gallimard, 2004, qui démasque, entre autres, « le caractère duplice du discours islamiste » (p. 28) ; le hors-série de la revue Cités (PUF), mars 2003, L’Islam en France, sous la direction de Yves-Charles Zarka, Sylvie Taussig et Cynthia Fleury (une somme !), nouv. éd. en coll. « Quadrige », PUF, 2008 ; Christian Delacampagne, Islam et Occident. Les raisons d’un conflit, PUF, 2003 ; Malek Chebel, Manifeste pour un islam des Lumières, Hachette, 2004 (en coll. « Pluriel », 2011) ; Boualem Sansal, Gouverner au nom d’Allah. Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe, Gallimard, 2013 ; Abdennour Bidar, Lettre ouverte au monde musulman, Les Liens qui libèrent, 2015 ; Boualem Sansal, 2084. La fin du monde, Gallimard, 2015 ; Gilles Kepel, avec Antoine Jardin, Terreur dans l’Hexagone. Genèse du djihad français, op. cit.
[56]. Le Premier ministre prétendait-il faire écho à cette formule du général de Gaulle (Mémoires de guerre, t. 1, Plon, 1954) : « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples », écrite en souvenir d’un séjour au Liban et en Syrie, alors sous mandat français, dans l’entre-deux-guerres.
[57]. Adresse : Airport Road, Imam Muhammad Ibn Saud Islamic University, Riyadh 13318, Arabie saoudite.
[58]. Laure Mandeville, « Washington tenté de revoir son alliance stratégique avec Riyad », Le Figaro, 23 janvier 2015.
[59]. Bernard Godard, La Question musulmane en France, Fayard, 2015.
[60]. Al Baraka Banking Group, dont le siège est à Bahreïn, possède le plus large réseau mondial de banques islamiques, avec des filiales dans de nombreux pays musulmans, notamment en Algérie et en Tunisie.
[61]. Il est issu de l’université Al-Imam Muhammad Ibn Saoud, de Riyad. Voir les pages précédentes sur « La formation saoudienne des “soldats de Dieu” ».
[62]. Une fiche « TE » signale une « opposition à l’entrée en France ».

Belle enquête. Bravo
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