Par Thérèse Foucheyrand

La Nation se chante avec force trémolos, glorifiant notre (supposée) origine commune et nos intérêts communs. Même si ces éléments présentent une réalité toute relative, ils permettent à chacun de se déclarer fier de sa nationalité.

Théo Ndoumb, bénévole de l’aide alimentaire organisée par Alhassane Diallo (Recyclerie de La Noue, centre Toffoletti, association Temps libre) à Bagnolet (93), dans le quartier de La Noue, en mai 2020. Photo : © Ishta

Mais, « où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute ». Or l’animal n’a pas choisi son pré ni celui ou celle qui l’y a attachée. Et ses chevreaux n’auront pas plus de choix.

Vanter comme un mérite un attribut personnel acquis juste par naissance, le porter comme un trophée, en réclamer des profits au détriment des autres est une absurdité.

La mémoire des évènements historiques ressemble au jeu « marabout-bout-de-ficelle » : contée, interprétée, reprise, transmise, sans fin, c’est une légende à la fois glorieuse et douloureuse, un terreau d’émotions et de clichés imprégnant nos consciences.

Parodiant les mots célèbres de Simone de Beauvoir, osons dire : « On ne naît pas Français, Italien, Berbère, Japonais, Chilien… On nous persuade que nous le sommes ».

La nationalité est une construction politique, un instrument dans les mains du pouvoir qui nous convainc d’avoir tiré le meilleur lot de cette loterie.

Le cours de la vie se compose de l’acquisition d’images, de contes, de croyances, d’habitudes, de goûts, de langage, d’émotions. C’est cette matière-là, toute pétrie, qui formera un être humain. Tout le reste, la nationalité, la fierté d’être de quelque part, est une construction, peut-être nécessaire à la bonne marche des États, mais qui ne peut, en aucun cas, servir d’instrument de coercition et/ou de mort.

Invoquer le « droit du sang » renvoie à d’antiques fantasmes attribuant par le biais de celui-ci des qualités et des défauts à des groupes humains : les races.  Non, le sang ne véhicule que des globules rouges et blancs, et des plaquettes baignant dans du plasma.

Lorsqu’un délit ou un crime est commis, leur auteur n’est ni plus ni moins coupable s’il est étranger. La nationalité ne peut constituer « une circonstance aggravante ».

Pour un employeur, seule doit compter la compétence supposée du candidat à un poste de travail, et non sa nationalité.

Présenter l’acquisition de la nationalité française comme un acte de bienveillance de l’État, comme une suprême récompense du mérite, est un leurre, puisque l’on continuera de parler de «  franco » quelque chose, que les médias mettront toujours en avant l’origine « étrangère » et tel ou tel grand-parent, que le voisin se rappellera « son teint basané mais, au demeurant, un gars bien sympathique »…  Cela rappelle une très triste et très proche époque dont nous ne semblons pas être encore détachés.