Par Thérèse Foucheyrand

Dans mon enfance, nous allions à l’école nantis d’une promesse : « Si tu travailles bien, tu auras une bonne situation. » S’il nous était difficile d’imaginer cet horizon plein de roses, nous devions y croire, croire que notre situation future serait forcément meilleure que celle de nos parents qui, eux, n’avaient pas ou peu bénéficié de l’école.

Photo : Ishta

Cette promesse, ce rêve, ces espoirs partagés, perdurent de nos jours. Sauf qu’à l’injonction de « bien travailler », s’ajoute celle-ci : « être le meilleur ». L’allongement de la scolarité, la création du collège unique ont ouvert l’accès au plus grand nombre. Les chances de décrocher la timbale, de passer une barre placée de plus en plus haut, maintient les parents et les élèves dans l’angoisse de l’avenir.

Tout concourt, actuellement, à considérer l’école comme un réservoir de main-d’œuvre. La question du choix du domaine professionnel est posée de plus en plus tôt, comme s’il fallait placer les enfants très vite dans des couloirs les amenant sans coup férir à un avenir certain et « utile » pour la société.

Demander à un enfant de 14 ans ce qu’il souhaite faire de sa vie est une absurdité, l’adolescence étant le moment de tous les rêves, de tous les possibles. La réponse à une telle question est chargée de beaucoup de messages, mais elle ne peut être une réponse cohérente.

Alors, l’orientation devient tri en fonctions des matières scolaires : « bon en… ». Le système scolaire repose sur des critères qui ont fait date. Il paraît ignorer les évolutions de la société. Or, nous savons que, contrairement à notre génération, les jeunes n’exerceront pas la même profession tout au long de leur vie. Le rêve d’une entrée dans une carrière dont le déroulement linéaire se clôturera à l’âge de la retraite est obsolète : des traders deviennent bergers, des puéricultrices deviennent bourrelières, des ingénieurs deviennent restaurateurs…

Les enfants ne sont pas des adultes en miniature. Les injonctions scolaires ne peuvent les aider à faire leur miel. Et, s’ils s’y résolvent, c’est au détriment de leur équilibre. La réflexion qui s’impose, tant aux parents qu’aux enseignants, est celle du sens donné à l’enseignement. La question se pose depuis bien des années entre les tenants d’une école « juste faite pour apprendre à lire, écrire et compter » et les tenants d’une école dont on sort « bon citoyen ». Mais l’essentiel : la santé, l’équilibre, la joie de vivre des enfants, ne figure pas dans de telles théories.

Nous devons nous interroger, tous ensemble, en priorité, sur la place des enfants dans et hors le système scolaire.

Les noms de Henri Wallon, de Maria Montessori, de Célestin Freinet ne sont plus que des noms de rues, de bâtiments. Dans les discours, ils sont évoqués avec des trémolos dans la voix, alors que c’est dans les travaux de ces chercheurs que se trouvent les solutions et non dans ce fatras de mesures jetées à tous les vents. L’État devient ravaudeur incompétent en tentant de poser des pièces sur des accrocs de plus en plus larges.Bonne rentrée !

Photo : Ishta